19/05/2007

et puis un jour tout est fini, tout doit être fini

Et puis un jour tout est fini, tout doit être fini.

Vos traitements sont terminés, votre visage a repris des couleurs, vous avez repris les kilos perdus, ceux qui vous donnaient mauvaise mine, vos cheveux ont repoussé...

Alors vous n'avez plus le droit d'en parler même le mot CANCER est bani, celui qui a été prononcé tant et tant de fois est devenu un mot grossier. Quant au mot récidive !!!!!

Vous n'avez plus le droit d'en parler, vous devez rentrer dans le rang, cela suffit maintenant, ça y est on a compris, on a compatis, on a allongé la facture de téléphone pour vous appeller plus que la normale (on ne sait jamais si elle meure on pourait le regretter ensuite), alors mainenant ça suffit, on reprend la vie là où elle s'était arrêtée avant, avant.... et on rentre dans le rang.

Amertume ?, rancoeur ?, peine ?, je n'en veux à personne, je constate, et je pense que peut être j'agirait de même.

Parano ? non, constatation ! c'est du vécu, tout le monde me dit ça y est c'est fini, tu vas pouvoir retravailler, plus rien ne peut t'arriver, tu es une battante, tu est forte... et si jamais je m'essaie à dire un mot sur mon angoisse que cela recommence et sur ce que je vais devoir faire pour essayer d'éviter que cela recommence, on m'arrête tout de suite avec des :

- mais non, il ne faut pas y penser, tu dois être positive c'est le moral qui évite les récidives.

- mais non, je ne veux pas t'entendre dire cela, c'est fini maintenant tu dois te ressaisir et ne pas déprimer

- bon maintenant, arrête de penser à toi, tes enfants ont besoin d'une mère positive

- mais non voyons tu vas bien, peut on venir le week-end prochain pour 4 jours à 5 (ben oui nathalie, c'est bien connu est l'hotesse la plus en vogue depuis 20 ans de tous les amis et la famille, quelques mois malade ça va, mais plus cela remet nos week-end en question) je suis peut être tout de même un peu amère ce soir.

C'et paradoxal, en même temps je suis contente qu'on me lâche un peu et qu'on me laisse respirer, en même temps j'ai envie d'hurler

MAIS MOI JE CREVE DE PEUR

J'ai eu à 39 ans un cancer génétique du sein avec plusieurs tumeurs en phase 3

on m'a fait une mamectomie totale du sein gauche, avec curage axilaire, et mammectomie partielle du sein droit, si je ne fais rien j'ai plus de 60% de risque de récidive, si je me fais mutiler du sein droit et des ovaire j'ai encore 50% de risque de récidive dans les poumons, les os ou le foie. Plusieurs femmes du côté maternel en sont mortes souvent du cancer des os après celui des seins..... et comme c'est génétique ce n'est malheureusement pas le temps qui baisse les pourcentages de récidive, non c'est exactement le contraite, plus j'avance en âge et plus j'augmente le risque de nouveau cancer. la cause de la mort de toutes les femmes de la famille ayant eu en premier un cancer du sein est un cancer et ceci dans les 10 ans après le premier cancer. Lorsque je pense un peu trop j'essaie de calculer à quel âge le risque de récidive est à 100 %.

Et à part çà, non rien excusez-moi, tout va bien, je dois prendre la vie du bon côté, ne pas heurter la sensibilité des gens, faire bonne figure, être la nathalie de toujours, celle qui est forte, celle qui reçoit, celle qui écoute, celle qui est si bonne hotesse, bonne copine, bonne soeur, bonne fille.... Je ne dois pas mourrir tout de suite ou alors vite et sans trop bousculer la vie des autres.

ET MERDE SALOPERIE DE CANCER!!!!!!!!!!!!!!! je hais la science qui me fait savoir que certainement il va revenir me chercher, je préfererait ne rien savoir et vivre sans avoir peur.

23:33 Écrit par natali dans Général | Lien permanent | Commentaires (7) |  Facebook |

Commentaires

Ouille... Bonsoir Nathalie,
Je vous lis depuis le Québec depuis longtemps, en silence. Je n'ai pas le cancer, mais si, outre Danaée (bon, tumeur, elle ne voudrait pas me lire!), une personne que je côtoie a un cancer du sein elle aussi. Vos mots d'aujourd'hui sont très émouvants, mais ils font mal en même temps. C'est vrai, on a tendance à croire que le combat prend fin avec la fin de la chimio et de la radio. Mais ce n'est effectivement pas le cas. Non, je ne crois pas que ce foutu cancer puisse s'oublier, je crois... que c'est un fantôme qui hante à jamais le corps de celui qui en a été affecté, non? Mais n'oubliez pas qu'autant votre réaction que celle de vos proches est normale. Ceux qui vous entourent voudraient tellement que tout soit terminé pour vous, sans aucun doute est-ce qu'ils tentent se vous signifier par ces commentaires qui, j'en suis convaincue, sont sincères et ne relèvent aucunement d'un désir de vous dire que vous vous plaignez trop... Mais en même temps, n'ayez pas peur de dire votre douleur à vos proches, n'ayez pas peur de dire vos craintes, vos angoisses, sans doute percevront-ils autrement ce que signifie le mot "rémisson" pour vous qui êtes en plein dedans. Mais de grâce, continuez à être celle que vous étiez après l'annonce des derniers résultats que vous avez eu, oui, même ne vous connaissant pas, j'ai versé une larme en vous lisant cette fois-là. Gardez cet optimisme. Gardez la force qui vous a accompagné jusqu'à présent. Gardez la foi. Profitez du moment présent, et n'ayez pas peur de dire NON à ce qui ne vous convient pas, écoutez-vous, respectez-vous et écoutez... cette petite voix dont parle si souvent Béatrice. Mais rappelez-vous que l'on ne retourne pas vers le passé, que le présent se vit... au présent, que chaque instant sera sous peu du passé.
Prenez soin de vous,
Cordialement,
Jacinthe

Écrit par : Jacinthe | 20/05/2007

wouah!!!!!!!!!!!! nathalie,on est dimanche matin et je viens de lire le résultat dE TA réflexion que j'ai aussi de temps en temps.dans la foulée g lu le commentaire de jacinthe.Que dire sinon que nous sommes obligés de vivre avec cet épée de damoclés au dessus de la tête,je sais c facile a dire et moi m^me n'ai pas reussi encore.iL FAUT que nous le faisions pour nos proches m^me si des fois on peut penser que le plus beau des cadeaux a leur faire c'est de les débarasser du malade forcément encombrant que nous sommes....Mais c pas une bonne idée ,ils nous aiment comme nous sommes,il sesont habitués eux....

Écrit par : pascal | 20/05/2007

D'accord avec toi toute ta réflexion d'aujourd'hui fait résonner en moi ce qui me tarabuste depuis quelques jours déjà.. à croire que personne ne comprend cette trouille qui nous habite même si tout c'est bien passé, ou tout se passe pour le mieux. Tu vois je vais entamer mes séances de radio, et bien hier ma belle mère (adorable mais pas toute jeune) m'a dit au téléphone "alors ça y est, c'est fini maintenant, tu vas pouvoir reprendre le collier". Je crois que si je l'avais eu devant moi je l'aurai étranglée...Peut être est-ce pour notre bien, je ne sais pas, mais ce que je sais c'est que même guéri, même en forme nous avons été marqué et nous resterons marqué, alors se cacher derrière les mots, ne pas les dire ou les oublier volontairement : non... Nous avons ou avons eu un cancer, nous avons été malade ou nous le sommes encore... Il ne faut pas avoir honte de le dire, de dire que nous pensons à la mort, que nous y avons pensé et que nous y penserons encore. Il ne faut pas taire nos souffrances morales et il faut écouter notre petite voix, elle est de bon conseil.
Dernière chose, il faut que tu saches que (je parle pour moi, mais je pense que Pascal sera d'accord tout comme Danaëe) on t'écoute et on est là... loin peut être mais là quand même.
Gros gros bisous ma belle.

Écrit par : Béatrice | 21/05/2007

je comprends Bonjour Nathalie.
Même parcours que vous,sauf le sein gauche toujours là. c'était fin 2002. En 2006, j'ai connu, sans nouvelle raison,la peur de la récidive, aujourd'hui cette peur s'éloigne.Votre inquiètude est normale: nous vivons par palier.
lorsque les forces reviennent (c'est long) le moral reprend le dessus.
je ne peux que vous dire que je comprends et pense à vous.

Écrit par : Journalsenioret | 21/05/2007

C'est normal que tu ressentes cette angoisse mais si tu te focalises dessus, elle va te pourrir la vie. Je te conseillerai de voir un psychologue, juste pour quelques séances, pour évacuer, pour dire, pour faire le point. Je suis sûre que ça t'aiderait beaucoup...

Quant à l'entourage, maladroit, souvent brutal, il ne faut pas lui en vouloir. Le cancer fait peur, on a envie de le zapper, de ne pas en parler, on se dépêche de faire semblant de voir la Nat d'avant dès que la rémission le permet décemment. Peut être aussi te traitent ils comme une personne en parfaite santé en croyant t'aider ? Pour que tu te dises : on me traite comme si je n'étais pas malade, donc je ne suis pas malade....

Tu sais, moi je n'ai pas le cancer mais ma meilleure amie a eu la leucémie et je peux t'assurer que c'est difficile de savoir comment se comporter face à une personne si malade. Trop s'apitoyer c'est lui renvoyer l'image de la gravité de sa maladie, être trop inscouciant c'est sembler l'ignorer. Difficile pour nous d'avoir le comportement adéquat...

Nat, je t'embrasse affectueusement et je pense que cette période de doutes et de peur est normale. Je sais que tu vas la dépasser. Fais toi confiance !

Écrit par : poesie | 22/05/2007

Comportements magiques Humeurs houleuses, 'up & down' ... et avec tout cela, je t'entends oui, il faut absorber le 'voeu' que nous soyons guéri et/ou la 'peur' que nous soyons à nouveau malade des Autres qui croisent notre vie. Que de maladresses et de comportements 'magiques' 'surréalistes', 'exorcistes', ou'superstitieux' qui parlent d'eux et pas de nous!
Tu as le droit d'avoir peur, de crever de peur, de regarder ta peur en face ...
Ce que tu écris là, je l'ai déjà connu il y a 6 ans... et à cette époque une phrase m'avait beaucoup aidé:
"La peur est une mauvaise herbe qui pousse en nos coeurs,
chaque jour je retire avec patience chaque mauvaise herbe
et je les remplace par une fleur lumière..."

Ma peur à moi ainsi transformée, je pouvais affronter les peurs des autres mal exprimées ...

Écrit par : Stella cadente | 25/05/2007

Désolée de ne pas être venue depuis un petit moment. Comme je comprends tes angoisses! Quand on a eu une maladie grave , on reste marquée comme par un deuil. Mais tu vas voir cette expèrience nous change.. On devient un peu égoïste, car il faut profiter de la vie à 100/100, et on fait untri parmi ses relations, on ne reçoit plus par obligation et on fréquente seulement ceux qui compte vraiment pour nous. Courage !

Écrit par : dany | 30/05/2007

Les commentaires sont fermés.